Nous avons quitte Santiago difficilement tellement nous nous etions habitues a ses rues et a son animation. Notre vol pour Punta Arenas a de plus fait 6 heures de retard - l'arrivee en Patagonie n'etait donc pas tres rigolote. En descendant de l'avion, la population de voyageurs attendant leurs bagages etait tres diversifiee. Entre les groupes avec valises a roulettes qui embarquaient presque aussitot pour une croisiere sur le detroit de Magellan ou pour Ushuaia, les trekkeurs avec du super materiel de rando ou de montagne, nous, simples routards en sac-a-dos, etions un peu perdus. A l'auberge, Eduardo nous accueille plein d'entrain et en quelques minutes nous donne toutes les informations necessaires sur la ville, les transports, les randonnees, le materiel... ce qui nous permet d'etablir un petit planning des prochains jours. La ville de Punta Arenas en elle-meme n'offre pas beaucoup d'activites. Nous en faisons rapidement le tour en allant a la place des Armes et en grimpant au mirador.
La, une belle vue de detroit de Magellan avec la terre de feu de l'autre cote, sous un soleil que l'on sent taper tres fort (normal, nous sommes tout juste sous le trou de la couche d'ozone!) et un vent assez violent, nous fait realiser tout de suite que nous sommes sur les terre de l'extreme-sud: la Patagonie!!! Nous decidons de pousser notre aventure en Patagonie aussi loin qu'il est possible d'aller: a Puerto Williams sur l'Isla Navarino. L'Isla Navarino appartient au Chili et se trouve au sud de la terre de feu dont elle est separee par le Canal de Beagle. Ce canal a ete empreinte par le HMS Beagle, navire dont le capitaine etait FitzRoy et qui emmena Darwin pendant son tour du monde de naturaliste amateur. L'ile n'est habitee que depuis les annees 50 et represente principalement une base militaire chilienne. Les 2500 personnes qui y resident en permanence sont soit des militaires, soit des pecheurs et cette petite population est a 80% masculine... On peut s'y rendre par avion ou a bord du cargo qui part toutes les semaines de Punta Arenas et qui prend une vingtaine de passagers.
Des le lendemain soir, nous embarquons sur le Bahia Azul pour 38 heures de croisiere. Le mot croisiere nous a bien fait sourire quand nous avons vu pour la premiere fois notre bateau. Il s'agit donc d'un petit cargo, rempli de materiel (bois, acier...), de vivres et de quelques voitures qui part tous les mercredis soirs a destination de l'Isla Navarino et de son village quasi-unique Puerto Williams. Une petite partie du bateau a ete amenagee pour prendre des passagers: 20 sieges tres peu confortables avec un espace ridicule (meme quand on n'a pas de grandes jambes!!). Il pleut lorsque nous embarquons et nous sommes obliges de rester cloitres dans cet espace glauque. Tres vite, nous lions connaissance avec les autres et commencons a nous demander serieusement ce que nous faisons la. Jusque la, les voyageurs que nous avons rencontre etaient partis pour des tours du monde, des tours d'Asie, d'Australie... avec des circuits plus ou moins communs et avec plus ou moins de temps. La, nous avons a faire a des bresiliens qui s'en vont faire le tour du Cap Horn en kayak, des americains qui ont descendu tout le continent a velo et en tente, des hollandais ayant cumule un nombre impressionnant de treks et venant ajouter a leur realisation le circuit des Dientes Navarino repute assez difficile et enfin un couple d'espagnols qui hallucinent comme nous.... Des qu'il fait meilleur, nous en profitons pour monter sur le pont et commencer a apprecier les paysages aussi grandioses les uns derriere les autres. Le bateau doit contourner toute la Terre de feu (qui est en fait immense!) d'abord par le detroit de Magellan puis par le canal de Beagle. Des petits ilots clairsemes, de hautes montagnes enneigees de part et d'autre et de magnifiques glaciers bleux-turquoise sur la cordilliere de Darwin nous emmerveillent. Nous appercevons dans le ciel de magnifiques condors et dans l'eau vert emeraude quelques orques, des dauphins blancs et noirs et une mulititude de lions de mer.
Nous essayons de passer le maximum de temps dehors, mais il ne fait vraiment pas bien chaud... Les 38 heures de voyage passent finalement assez vite, rythmees par les repas (le sandwich jambon-fromage a repetition...), les discussions avec les autres et surtout l'emerveillement devant ces paysages du bout du monde. Nous avions prevu de dormir sous notre tente toute neuve (achetee au Duty Free de Punta Arenas!) mais, une fois arrives a Puerto Williams, nous avons vite change d'avis avec le froid qu'il faisait et apres le voyage pas tres confortable... Nous commencons donc par trouver une petite auberge tres sympathique avec le couple d'espagnols et prendre un bon petit-dejeuner. La, nous rencontrons un israelien, un australien et un anglais fraichement revenus d'une croisiere en Antartique et nous voila partis tous les 7 pour une petite marche tranquillou. La petite marche s'est transformee en rando assez costaud puisque nous avons fait 22 km en une journee et cumule 2 etapes du circuit des Dientes Navarino qui se fait en 4-5 jours... Nous avons commence par grimper au sommet du Cerro Bandera qui offre une jolie vue sur le canal de Beagle puis avons continue cette etape jusque la Laguna del Salto avant de revenir par le chemin alternatif qui traverse la foret en suivant le Rio Robalo. A 17 heures, le GPS d'un des gars indiquait qu'il nous restait encore 8 km (a vol d'oiseau, donc bien plus en realite!) a marcher pour rentrer et il a fallu accelerer encore. Heureusement, nous sommes pres du pole sud et les journees sont tres longues (de 5h a 21h). A la fin, on ne sentait plus nos jambes, mais les paysages en hauteur sur le Canal de Beagle depuis le sommet du Cerro Bandera, puis sur les lacs et les montagnes en dents de scies valaient vraiment les courbatures du lendemain. Heureusement, de retour a l'auberge, les cheminees etaient allumees, la douche bien chaude et surtout Rodriguo et Claudia nous avait prepare un bon petit diner avec les provisions apportees le jour meme par notre bateau. Nous avons passe une soiree vraiment agreable avec tout ce petit monde, arrosee de bon vin et de piscola (melange de Pisco qui est un alcool de raisin, boisson nationale au Chili et de Coca-Cola) pour les hommes. Le lendemain, nous nous levons assez tot pour entamer le voyage de retour - cette fois-ci par zodiaque pour Ushuaia sur la Terre de feu. On passe nous chercher en voiture a l'auberge pour nous emmener a Puerto Navarino, la ou se font les departs pour Ushuaia. En chemin, nous recuperons deux autres gars chez eux: le policier qui nous tamponnera nos passeports au depart du Chili et le douanier qui controlera les bagages des passagers debarques d'Ushuaia!!!
Nous ne sommes que 6 sur le zodiaque qui nous depose une demi-heure plus tard au port d'Ushuaia en Argentine, de l'autre cote du canal de Beagle. Changement radical d'ambiance: le port est plein de bateaux de croisiere pour les environs et pour l'Antartique, la ville grouille de monde, de magasins, de bars et de restaurants. Il semble que la principale activite d'Ushuaia est simplement d'y etre. La ville a tout mise sur le concept marketing de "El fin del mundo" (quoique la "vraie" ville la plus australe qui soit soit Puerto Williams) et ca lui reussit assez bien. A Ushuaia se croisent les routards voyageant tous seuls, ceux qui finissent un exploit quelconque en Amerique ou ceux qui sont la pour une croisiere et en profitent pour faire le plein de produits-souvenirs, preuve qu'ils sont venus jusque la... L'idee de la croisiere en Antartique nous a bien tente. Toutes les agences de voyages proposent en effet des departs de derniere minute alors que toute le monde planifie ce voyage plusieurs mois a l'avance. Le prix est exorbitant et atteint au bas mot 4500 US dollars. Nous sommes donc restes raisonnables mais le continent blanc qui n'etait qu'a 1000 km d'Ushuaia nous trotte desormais dans la tete... Nous decidons de ne pas nous attarder a Ushuaia, trop touristique a notre gout, et de reprendre un bus qui nous ramene au Chili pour aller randonner au parque national de Torres del Paine. 12 heures de bus pour traverser donc une bonne partie de la terre de feu avec ses steppes arides a perte de vue. En dehors des Estancias (ranchs) avec leurs moutons, nous apercevons ca et la des lamas (guanacos), des flamands roses et des autruches. Nous traversons une nouvelle fois la frontiere entre l'Argen+tine et le Chili et le detroit de Magellan en ferry pour revenir sur la terre ferme du continent americain.
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